Le télétravail vu par les freelances

Novembre 2020.
Nous sommes encore en pleine épidémie de Covid-19. Le deuxième confinement relance à nouveau la généralisation du télétravail.

Comme toujours, on entend des “pour”, des “contre” et des mitigés sur la question. Alors ici, on se place carrément dans le clan des “pour”. Voici pourquoi :

Le télétravail contraint certaines entreprises à remettre en question des techniques managériales d’un autre temps.

Peut-être fallait-il en passer par là pour comprendre que la pointeuse c’est “So XX° siècle”.

C’est donc une excellente nouvelle qui sonne comme le début d’une nouvelle ère. Une ère dans laquelle on responsabilise les employés par la confiance et dans laquelle la culture d’entreprise est bâtie sur autre chose que des cours de yoga ou des dîners de Noël.

C’est le début de la fin des rapports de subordination toxiques, des heures perdues dans les transports, de la malbouffe le midi, des conflits réguliers entre collègues et j’en passe.

Après avoir été raillé pendant longtemps, le freelance qui travaille depuis chez lui, entre frigo et télé, en bas de pyjama – notez que j’appuie la caricature -, laptop sur les genoux, ne fait plus tellement figure d’ovni dans le monde des actifs du 09h-19h à la chemise fraîchement repassée.

L’occasion est ainsi donnée aux freelances de revendiquer leur modèle de travail et leur organisation pour mieux s’émanciper de ces postures de bons petits soldats en costumes trois-pièces.

Tour d’horizon rapide :

Parmi les arguments des détracteurs du télétravail (qui doivent compter plus d’employeurs que d’employés) nous auront entendu notamment :

  • La charge mentale s’est emballée et avec elle une épidémie de burnout est apparue (ironie la plus totale),
  • Les inégalités sociales se sont creusées, notamment car nombre de télétravailleurs n’ont pas de bureau digne de ce nom à domicile,
  • L’isolement devient un vrai problème là où certains n’ont que leurs collègues avec qui échanger.

En tant que freelance et ancienne salariée, voici mon avis sur ces 3 points.

Un rappel avant de commencer : cessons définitivement de considérer le nombre d’heures de travail effectif comme seule donnée quantifiable pour juger la qualité d’un travailleur. Ce qui compte avant toute autre chose, ce sont les résultats !

Ces horaires sont une convention sociale et un héritage obsolète de l’approche des résultats par le volume. Comment est-il possible que tout le monde, partout, ait besoin d’exactement 9 heures pour accomplir son travail ? Ce n’est pas le cas. Le 9h-19h est arbitraire.
– Timothy Ferriss.

La charge mentale, ou frontière entre vie perso et vie pro

Les freelances connaissent bien le sujet. Une autodiscipline pour une organisation drastique devient indispensable.

Non, ce n’est pas parce qu’on travaille depuis chez soi que l’on doit considérer ménage, courses, lessives ou repas du soir en même temps que nos tâches professionnelles.
Il est impératif de compartimenter chaque temps de notre journée en lui assignant une fonction bien précise.
Si c’est difficile, ce n’est surtout pas impossible. C’est une histoire d’adaptation et d’auto-formation. Et comme il appartient à chacun de le faire selon ses propres contraintes, la chose est ainsi adaptable dans le plus pur cas par cas.

L’individu reprend alors toute sa place et tout son sens car il n’est plus noyé dans des process pensés pour la masse.

Quand on parle de charge mentale, on pense à celui qui n’a plus une minute de cerveau disponible pour ne plus rien faire d’autre que d’enchaîner des tâches exécutives sans passion et sans énergie.
Mais si l’on donne les moyens et les outils aux gens de s’organiser et de revoir leur rapport au temps, ce n’est pas du temps de cerveau disponible qu’ils vont perdre, ce sont des heures précieuses de chaque journée qu’ils vont gagner.

Il faut seulement apprendre à fonctionner différemment.

Liberté signifie responsabilité. C’est pourquoi la plupart des hommes la craignent.
– George Bernard Shaw.

Savoir s’organiser autrement lorsqu’on travaille chez soi, réserve alors son lot de bonnes surprises.

Nous découvrons qu’il est possible d’optimiser notre temps et de devenir beaucoup plus productif. De réaliser en 1 heure, la même tâche qui jadis en consommait 3. De mettre à profit le temps que l’on a gagné sur les transports en commun ou les embouteillages tous les matins et tous les soirs.
De pouvoir enfin aller sans courir à la poste sur les horaires d’ouverture, au supermarché entre les heures d’affluence, ou encore d’aménager les horaires de garde des enfants en fonction de son nouvel emploi du temps.

Bref, on ralentit un peu la cadence et paradoxalement, cette tranquillité d’esprit retrouvée amène à plus de productivité. C’est dans ce cercle vertueux qu’il nous appartient de composer notre quotidien idéal.

Mon dernier employeur me demandait de pister ma journée minute par minute pour savoir exactement combien de temps me prenait chaque tâche. Je n’ai jamais su le faire pour lui, pourtant plus tard, j’ai appris à le faire pour moi.

Il existe des centaines d’outils, de contenus gratuits et de formations en tout genre sur la productivité. Il faudra débroussailler certes, mais en fait tester, expérimenter, affiner, recommencer avec la garantie de s’approcher progressivement au plus près de notre organisation idéale.

Ça demande du temps. Est-ce pour cela qu’il ne faut pas le faire ?

Inégalités sociales, là où le bas blesse

S’il y a bien un point sensible sur la question du télétravail c’est celui-ci.

Tout comme on pourrait considérer que l’uniforme à l’école étouffe les inégalités entre les enfants qui ont de beaux vêtements et ceux qui n’en ont pas, travailler dans le même bureau met le locataire d’appartement insalubre au même niveau que le propriétaire de maison moderne (du moins pendant quelques heures).

Mais si pour la plupart, nous avons fini par considérer l’uniforme comme une fausse bonne idée, il pourrait en être de même sur cette question du travail en présentiel.

Il n’y a pas de problème, que des solutions.

S’il est plus difficile de concevoir une journée de travail sur le canapé d’un appartement moisi que dans un bureau fermé à l’étage d’une belle villa, les freelances ont déjà expérimenté une piste de solution : le travail nomade. Une fois l’employé équipé correctement par son entreprise, le télétravail peut bien avoir lieu sur un canapé ou assis confortablement à la terrasse d’un café.

Et surtout, personne n’a dit qu’il était bénéfique ni même profitable d’imposer à une équipe entière – hors confinement bien sûr – le télétravail 5 jours par semaine.

Si l’objectif est l’épanouissement professionnel en vue d’une meilleure productivité et donc d’une meilleure rentabilité pour l’entreprise, c’est comme toujours dans la concertation que se trouve le succès de l’expérience.

L’expérience de ces deux confinements doit permettre aux chefs d’entreprise de recueillir de précieuses informations sur le ressenti de leurs équipes afin de mieux les comprendre pour créer les meilleures conditions possibles à l’exécution des missions. Une meilleure connaissance des contraintes personnelles et la prise en compte des forces et faiblesses individuelles sont les pierres angulaires d’un team building réussi.

Sans compter qu’un nouveau monde du travail dans lequel les employés retrouvent de la confiance par la responsabilisation, de l’efficacité par la concentration, de la sérénité par la valorisation et du sens par l’émancipation, contribuera bien plus, in fine, à gommer les inégalités sociales.

 

 

 

Isolement

Il y a cette question du collectif, si chère à Cocoweco.

Le télétravailleur ou le freelance sont confrontés au même problème : la solitude.
Nous sommes des êtres sociables, et rares sont ceux qui s’épanouissent sans contact humain.

Mais comme souvent, c’est l’équilibre entre tranquillité et sociabilisation qui est important.

Les périodes de solitude et donc de calme sont bénéfiques pour l’esprit, sa créativité et sa concentration. Quand on parle de “se ressourcer”, pourquoi pense-t-on davantage à un chalet perdu en pleine montagne qu’à une plage bondée sur la Côte d’Azur ?

Quant aux périodes de socialisation, elles sont essentielles pour l’échange et le partage. Les autres nous poussent à nous remettre en question, à progresser, à évoluer. Les autres nous inspirent, ils nous viennent en aide quand on perd pied. Ils sont nos moteurs quand on doit avancer et nos freins quand on se met en danger. On ne peut pas se passer des autres.

Il nous faut parfois simplement apprendre à mieux vivre avec eux.
Savoir s’entourer est un art. Ne prendre que le meilleur chez chacun, un apprentissage. Pour y parvenir, il ne faut en tout cas pas avoir à subir le groupe. Il faut pouvoir souffler en s’écartant du bruit de temps en temps. Le contraire conduit inévitablement à cristalliser des tensions.

Comme dit plus haut, il n’est pas question ici de prôner le travail à distance des salariés 5 jours par semaine. Il reste important de se rendre au bureau régulièrement pour débriefer de visu avec ses collègues ou son patron, échanger un café autour de la table de réunion, faire des schémas sur paperboard…

Il n’est pas nouveau que des crispations entre collègues éclatent régulièrement en entreprise. La promiscuité forcée en serait la cause. Travailler toute la journée à côté de quelqu’un qu’on ne peut pas s’encadrer relève de la torture. Par contre, quand on ne voit la même personne qu’une fois par semaine, il se peut très bien qu’on lui trouve subitement des qualités insoupçonnées.

Si pour les télétravailleurs c’est facile (ils ont un patron, ils ont une équipe, ils ont des bureaux) pour le freelance c’est différent. Les apéros entrepreneurs ou les meetup c’est bien, mais souvent insuffisant pour créer du lien.

Il y a un monde de choses à inventer pour remédier à ce problème. Cocoweco en est une.

Le constat lui est bien là, nous avons tous besoin de lien social. Ni le télétravail, ni le freelancing ne sont incompatibles avec cela.

D’autres arguments contre le télétravail existent comme “Mais comment bâtir une culture d’entreprise à distance ?” et je pourrais écrire encore des centaines de lignes sur le sujet.
Mais le principal est dit.

Notre société bouge. Considérons ces changements comme l’opportunité de construire un monde plus juste et plus serein. Nous avons tout à y gagner.

 

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Et toi freelance, quels sont tes meilleurs tips d’organisation pour le travail à la maison ?